Histoire de l’homosexualité en France : de l’Antiquité à nos jours

De l’Antiquité à nos jours, retrace l’histoire de l’homosexualité masculine en France à travers ses grandes dates, ses figures marquantes, les évolutions de la loi, les périodes de répression, la médicalisation et les mouvements qui ont progressivement fait avancer la reconnaissance des droits.

Cette chronologie retrace l’histoire de l’homosexualité en France, de l’Antiquité à nos jours, à travers les relations entre hommes, les écrits, la vie de personnages historiques, les évolutions de la loi, la répression, la médicalisation et les mouvements qui ont progressivement contribué à la reconnaissance de leurs droits tout en comprenant un peu plus comment nos aïeux vivaient cette situation.

Cependant, les époques antérieures n’ayant pas la même vision que nous sur la sexualité, les sources évoquent le plus souvent des pratiques ou des relations entre hommes plutôt qu’une identité ou un mode de vie homosexuel au sens actuel. Il subsiste donc toujours une part d’incertitude concernant leur vie intime. Que ce soit vrai ou non, comme ce fût le cas pour les rumeurs de l’époque leur évocation a tout de même participé à la visibilité de ces questions et aux débats qu’elles ont suscité tout en permettant une normalisation, malgré les lois changeantes selon les moments.

Dans une première partie, je me suis intéressé aux personnes faisant office de précurseurs ou de pionniers, puis dans une seconde partie, plus tardive et proche de nous, plutôt aux mouvements et aux initiatives qui démontrent une « accélération » de la tolérance et l’acceptation de l’homosexualité dans la société.

Antiquité : relations entre hommes dans les mondes gréco-romain et gallo-romain

Illustration de Jules César à Rome, entouré de soldats, avec Nicomède IV et le récit d’Héraclès et Hylas évoquant les relations entre hommes dans l’Antiquité
En 46 av. J.-C., Jules César aurait été raillé par ses soldats au sujet de sa relation supposée avec le roi Nicomède IV de Bithynie, tandis que les récits d’Héraclès et Hylas témoignent de la place des amours masculines dans l’imaginaire antique.
  • V et III ème siècle av. J.-C. : Il circulait le récit d’Héraclès (Hercule) et Hylas en Gaule.
  • 46 av. J.-C. – Reprise publique des rumeurs, rapportées par Suétone, à propos de Jules César par les soldats lors de la célébration de la conquête de la Gaule à Rome selon laquelle il aurait été l’amant du roi Nicomède IV de Bithynie. Le chant raille César comme ayant vaincu les Gaulois tout en ayant été lui-même « vaincu » par Nicomède.

Moyen Âge à 1789 : entre condamnation religieuse, accusations et répression

Frise historique de l’homosexualité en France du Moyen Âge à 1789, entre condamnation religieuse, accusations de sodomie et répression
Du Moyen Âge à la veille de la Révolution française, cette frise retrace plusieurs épisodes liés aux relations entre hommes, des accusations de sodomie visant les Templiers et Henri III aux condamnations de Théophile de Viau, Étienne-Benjamin Deschauffours, Jean Diot et Bruno Lenoir.
  • 1099 – Le Roi de France Philippe nomme Jean Évêque d’Orléans, qui n’est autre que l’amant affiché de l’archevêque de Tours.
  • 1307-1314 – Procès des Templiers où il est question de sodomie entre membres parmi d’autres accusations.
  • Fin du Moyen Âge : les pratiques sexuelles entre hommes sont notamment désignées dans certaines sources religieuses (« vice sodomite ») et judiciaires sous la catégorie de « sodomie » et peuvent faire l’objet de sévères condamnations.
  • 1578 – Henri III : des rumeurs ont été largement diffusées par ses ennemis politiques et peint plus tard par Charles Durupt dans son tableau Henri III poussant du pied le cadavre du duc de Guise.
  • 1623-1626 – Théophile de Viau est poursuivi dans une affaire mêlant accusations de libertinage, d’impiété et de sodomie.
  • 1725 – Arrestation d’Étienne-Benjamin Deschauffours, condamné au bûcher en 1726 pour avoir tenu un réseau de prostitution d’hommes à Paris mais aussi pour le trafic d’êtres humains (garçons) et le meurtre d’un mineur.
  • 1750 – Jean Diot et Bruno Lenoir sont sont condamnés à mort pour sodomie. Leur exécution est généralement considérée comme la dernière exécution explicitement connue en France pour des relations sexuelles entre hommes.

1791 à 1899 : de la dépénalisation à l’apparition de l’homosexualité comme catégorie moderne

Frise historique de l’homosexualité en France de 1791 à la fin du XIXe siècle, de la dépénalisation à l’apparition du terme homosexualité
De la dépénalisation des relations sexuelles entre adultes consentants en 1791 à l’émergence du vocabulaire moderne de l’homosexualité, le XIXe siècle français reste marqué par la surveillance policière et sociale des relations entre hommes.
  • 1791 – Le Code pénal révolutionnaire ne reprend pas le crime de sodomie : les relations sexuelles privées entre adultes consentants ne sont plus incriminées en tant que telles.
  • 1810 – Le Code pénal napoléonien ne rétablit pas le crime de sodomie, mais la dépénalisation ne signifie pas la fin de toute surveillance ou répression policière.
  • 1868 – Apparition du vocabulaire moderne : Karl-Maria Kertbeny emploie le néologisme allemand correspondant à « homosexualité » avec une publication célèbre en 1869. Sa diffusion en français est postérieure et se développe notamment dans la littérature médicale de la fin du XIXe siècle.
  • 1876-1877 – Eugène Le Bègue de Germiny est arrêté par la police des mœurs dans une vespasienne (ancêtre des urinoirs publics ou pissotières d’aujourd’hui) en compagnie d’un jeune ouvrier.

1900 à 1969 Entre visibilité, répression et médicalisation

Frise Histoire de l’homosexualité en France de 1900 à 1969, entre visibilité, répression, persécution nazie, mouvement Arcadie et médicalisation
De l’affaire Adelswärd-Fersen aux bals d’Arcadie, cette frise retrace près de soixante-dix ans d’histoire homosexuelle en France, marqués par l’émergence de revues pionnières, la persécution, la répression légale, la médicalisation et les premières formes durables de sociabilité homophile.
  • 1903 – L’affaire Adelswärd-Fersen provoque un scandale autour de réunions organisées avec de jeunes hommes et adolescents, décrites notamment par la presse sous les termes de « messes noires », « tableaux vivants » et « poses plastiques ».
  • 1909 – Lancement de la revue Akademos par Jacques d’Adelswärd-Fersen pionnière dans le traitement de l’homosexualité en France.
  • 1924 – Parution d’Inversions, revue défendant les homosexuels, créée par Gustave-Léon Beyria et Gaston-Ernest Lestrade. Les deux hommes sont poursuivis et condamnés en 1926 pour « outrage aux bonnes mœurs ».
  • 1933 – Oscar Dufrenne est assassiné dans le cinéma-théâtre Le Palace (le crime du Palace). L’affaire et le procès qui suit donnent lieu à une importante couverture médiatique dans laquelle l’homosexualité réelle ou supposée des protagonistes est abondamment commentée.
  • 1940 – Début de la persécution nazie des homosexuels français en Alsace-Moselle annexée : fichages, expulsions et internements. Port du triangle rose aux prisonniers français du camp de Natzweiler-Struthof (Natzwiller), ou de la barrette bleue aux prisonniers de Schirmeck-Vorbrück.
  • 1942 – Durcissement de la loi par le régime de Vichy : majorité sexuelle à 21 ans pour les actes homosexuels (inchangée pour les hétérosexuels).
  • 1945 – Fin du triangle rose dans les camps nazis situés sur le territoire français par leur libération.
  • 1952 – Création de la revue mensuelle Futur.
  • 1954 – Création du mouvement « homophile » Arcadie et lancement de sa revue littéraire et scientifique du même nom. André Baudry, le fondateur, milite pour le droit à l’indifférence (citoyens comme les autres).
  • 1956 – Création du bar et club Arcadie : 36000 membres au plus haut. Arcadie sera critiquée plus tard par des militants plus radicaux pour son idéal d’une homosexualité masculine, discrète et respectable (« L’homosexualité de papa »).
  • 1960 – L’amendement Mirguet, du député Paul Mirguet, fait inscrire l’homosexualité parmi les «fléaux sociaux» contre lesquels le gouvernement est autorisé à légiférer. Dans son prolongement, les peines pour outrage public à la pudeur sont aggravées lorsque les faits concernent des relations homosexuelles.
  • 1963-1964 – Charles Trenet est arrêté en compagnie d’autres hommes, inculpé pour « outrage public à la pudeur ». La presse s’empresse de dévoiler les faits et sa sexualité. Cependant, sa condamnation est levée par la suite.
  • 1968 – La France adopte la CIM-9, classification médicale qui répertorie encore l’homosexualité dans la section des troubles ou déviations sexuels.
  • 1969 – Le club Arcadie organise des bals au 61 rue du Château-d’Eau dans le 10ème arrondissement de Paris permettant à des couples de même sexe de danser ensemble, dans un contexte où cette visibilité reste très limitée dans le reste de la France.

1970 à 2013 : mobilisations, crise du sida et avancées vers l’égalité

Frise de l’histoire LGBTQ+ en France de 1970 à 2013, des mobilisations homosexuelles et de la crise du sida au PACS et au mariage pour tous
Du FHAR et des premières grandes mobilisations homosexuelles à la lutte contre le sida, au PACS puis à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, cette frise retrace plus de quarante ans d’avancées des droits LGBTQ+ en France.
  • 1971 – Apparition du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR).
  • 1972 – Création de la toute première association homosexuelle et catholique David et Jonathan.
  • 1974 – Apparition du premier Groupe homosexuel de libération (GHL)
  • 1977 – Première manifestation homosexuelle autonome se tenant à Paris, préfigurant les futures marches des fiertés.
  • 1981 – Importante marche nationale pour les droits et les libertés des homosexuels et des lesbiennes organisée à Paris réunissant 10 à 15 000 personnes selon les sources.
  • 1981 – Fin officielle du fichage policier systématique des homosexuels et dissolution du groupe spécialisé de la Préfecture de police de Paris.
  • 1981 – Début des « années SIDA » : Début des premières alertes épidémiologiques.
    • 1982 – Identification du Syndrome d’Immunodéficience Acquise (SIDA).
    • 1983 – Découverte par l’Institut Pasteur du virus du VIH, responsable.
  • 1982 – Suppression de la dernière discrimination pénale fondée sur le caractère homosexuel des relations : l’âge de consentement est aligné à 15 ans pour les relations homosexuelles comme hétérosexuelles.
  • 1983 – Mise en place de mesures d’exclusion du don du sang visent notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, dans le contexte épidémique du sida.
  • 1983 – La loi Le Pors réforme le statut général de la fonction publique et contribue à faire disparaître des critères de “moralité” susceptibles d’être utilisés contre les homosexuels.
  • 1994 – Mise en application du CIM-10 qui ne fait plus figurer l’homosexualité dans le registre des maladies mentales.
  • 1996 – Fin des « années SIDA » : La diffusion des trithérapies transforme profondément la prise en charge du VIH et entraîne une forte diminution de la mortalité liée au sida en France, sans toutefois mettre fin à l’épidémie.
  • 1999 – Adoption du PACS.
  • 2004 – Noël Mamère célèbre à Bègles un mariage entre deux hommes. Ce mariage, célébré malgré l’opposition des autorités, est ensuite annulé par la justice.
  • 2013 – La loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe est promulguée le 17 mai. Le premier mariage rendu possible par cette loi est célébré à Montpellier le 29 mai 2013.

À l’image des sociétés dans lesquelles elles ont existé, les relations entre hommes ont connu des traitements très différents selon les époques. Certaines ont pu être relativement tolérées dans les sociétés grecques puis romaines de l’Antiquité. La circulation de récits et de représentations issus du monde grec, puis la romanisation consécutive à la conquête de la Gaule, ont également mis les populations établies sur le territoire correspondant aujourd’hui à la France au contact de ces conceptions et de ces pratiques. Au cours des siècles suivants, certaines pratiques sexuelles entre hommes ont progressivement fait l’objet d’interdits religieux, moraux et juridiques pouvant aller jusqu’à de lourdes condamnations. À l’époque contemporaine, une autre forme de réprobation est apparue avec la médicalisation puis la psychiatrisation de l’homosexualité. Parallèlement, le XXe siècle a vu naître et se développer des mouvements de reconnaissance, d’émancipation et de défense des droits, jusqu’aux grandes avancées juridiques des dernières décennies.

Cela nous rappelle que les libertés dont nous bénéficions aujourd’hui – nous rencontrer, vivre librement nos relations et nous marier – sont le résultat d’un long chemin fait de répressions, de discriminations, mais aussi de résistances et de luttes autant personnelles qu’organisées. Elles doivent beaucoup aux hommes qui, parfois au prix de leur réputation, de leur liberté ou de leur vie, ont rendu les générations suivantes plus visibles et plus libres.

Pour prolonger l’expérience, tu peux écouter l’épisode historique Romance Prussienne : Échec au Roi.
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Sources :
Wikipédia
Retronews de la BnF
Le Monde
Journals.openedition
Mémoires-sexualites.org

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